Comment aborder un sujet délicat sans que ça dégénère en dispute ?
Il y a ceux qui repoussent le moment, ceux qui passent par 4 chemins, ceux qui répètent avant…. Quel stress avant d’aborder un sujet délicat !
Mais à un moment, il vaut mieux y aller !
Plus que le sujet délicat, c’est parfois les “réactions en chaîne” que l’on appréhende, non ?
Commençons par décrypter le mécanisme de la dispute, ce moment où ni moi ni mon partenaire ne parvenons plus à communiquer, ni à nous comprendre. À son paroxysme, la dispute n’est rien d’autre qu’un échange de mots piquants, de regards et d’attitudes chargés de la violence des émotions. Comme deux masses d’air, l’une chaude et l’autre froide qui se rencontrent et déclenchent un orage… À y regarder de plus près, le problème n’est pas tant le sujet factuel en lui-même, mais les émotions qu’il suscite chez l’un ou l’autre, voire les deux !
La véritable question n’est donc pas tant comment éviter la dispute, mais comment gérer les émotions liées au sujet délicat, n’est-ce pas ?
Quel que soit le sujet, il s’agit d’abord de déterminer pour qui le sujet est vécu comme délicat :
- Est-ce pour nous-même ?
- Est-ce pour notre partenaire-binôme-interlocuteur ?
- Est-ce pour les deux ?
De la réponse vont dépendre les possibilités pour éviter la dispute !
Éviter la dispute si le sujet abordé est particulièrement délicat pour nous :
- Évacuer le trop plein : Avant d’ouvrir la conversation avec l’autre, pratiquer un bon exercice de sophrologie pour libérer l’émotion.
- Identifier quelles émotions sont en jeu : L’idée est de mettre à jour en quoi cela nous touche, ce que ça déclenche comme émotion en nous. Nos émotions sont de véritables codes à craquer pour débusquer un besoin, un truc important pour nous. Si ce sujet réveille une grande colère en nous, il est possible que quelque chose d’important, une de nos valeurs par exemple, ne soit pas respectée, que l’on se sente dans l’injustice voire l’impuissance. Parfois, mettre les choses par écrit aide à faire le tri entre l’émotionnel et la situation délicate.
- Nous connecter à notre intention. Répondons à cette simple mais puissante question : Quelle est notre intention ? Qu’est-ce qu’on attend de cet échange ? Comment souhaitons-nous qu’il se déroule ? Quel peut-être notre besoin ? Cette question de l’intention si essentielle dans l’approche Relation(s) permet de faire cheminer l’émotionnel vers une capacité de réflexion.
- Evoquer les faits : les faits, rien que les faits, seulement les faits, déshabillés des émotions dont nous les enveloppons. Je sais, c’est très difficile, cela demande de l’entraînement. Reste que cela permet à notre partenaire de saisir le message essentiel, sans qu’il soit invisibilisé par le tsunami émotionnel.
- Exprimer nos émotions : rien n’est plus légitime que ce qui nous traverse sur le plan émotionnel. Les exprimer, c’est déjà les apaiser. En outre, cela donne une clé de compréhension et de communication à notre interlocuteur.
- Faire des pauses, oui, des silences : cela nous permet de respirer, et ainsi de mieux gérer la profusion d’émotions jaillissantes. Cela permet aussi à l’autre de saisir l’information qui lui parvient.
Si le sujet abordé est particulièrement délicat pour l’autre :
Si c’est l’autre – partenaire, binôme, conjoint, collaborateur, enfant…- pour qui le sujet s’avère délicat, notre posture, notre comportement vont être déterminant.
C’est de son côté, « sur son tapis »* que la tempête risque donc de faire rage.
- Le/la laisser libérer ses émotions voire cracher son venin : ouvrons les vannes et laissons le/la exprimer ses émotions sans les prendre pour nous. En effet, on a trop souvent tendance à prendre les mots de l’autre pour soi. Or, c’est de lui qu’il parle, de ses difficultés notamment. Une fois ce flot émotionnel vidé, la discussion constructive est plus facile.
- Gardons la barre de nos propres réactions : il est possible de prendre la responsabilité de garder le calme. Travailler notre ancrage dans l’instant présent, respirer profondément et nous voilà prêt pour adopter une écoute active.
- Reformulons ! Répéter mot pour mot ou à notre façon, peut importe. Mais l’intention est de vérifier que nous nous comprenons bien, que lui faire sentir que nous sommes bien avec lui, sur la même longueur d’onde.
- Deux questions puissantes : si l’autre accepte, deux questions peuvent participer à la canalisation de l’émotion.
- Quelle est ton intention ? Nous pouvons inviter notre partenaire à se poser cette question afin de l’aider à revenir à quelque chose de l’ordre de la réflexion.
- « qu’est-ce que tu ressens ? » : si la case libération de l’émotion n’est pas totalement cochée et s’il accepte la question, nous pouvons aider notre interlocuteur à identifier les émotions qui le traversent. C’est un peu comme si nous lui prenions la main, nous l’accompagnons dans son moment d’expression. Il est possible que cela lui permette aussi de s’approcher du besoin profond que cherche à faire sentir l’émotion.
- Confiance ! Il ne s’agit pas toujours de trouver tout de suite une solution. Parfois, le seul fait d’être écouté permet à notre interlocuteur d’y voir plus clair, comme si un tri s’effectuait dans sa tête au fil de la discussion. Faisons lui confiance pour trouver l’issue, la solution. Traverser ce type de discussion délicate sans trop de dégât permet de consolider la relation, de démontrer sa solidité.
Et quand le sujet est délicat pour les deux, comment éviter la dispute ?
Lorsque l’émotion est forte pour les deux, il s’agit de permettre à chacun de s’exprimer pour sortir de ce temps de discussion délicat en mode « gagnant-gagnant ».
- Quelle est notre intention commune pour la relation ? Posons nous ensemble la question de l’intention pour la relation : qu’est-ce qu’on cherche pour nous ? Qu’est-ce qui est essentiel, qui compte le plus pour le duo ? Qu’est-ce que l’on veut préserver / sauver de commun ?
- Qu’est-ce qu’on a de commun sur le sujet délicat en question ? Au delà de la relation, souvent dans les sujets délicats, ce n’est pas le but qui diffère, mais le chemin pour y parvenir.
- Chuuuuuttttt … respiration… reformulation ! Prenez le temps de silences, d’écouter et de reformulation, de vérification. Donnons nous toutes les chances de bien rester sur la même longueur d’onde et d’éviter que des interprétations ne viennent compliquer les choses !
- Un code pour créer des pause : pour la prochaine fois, hors temps de discussion délicat, on peut décider d’un geste, d’un code comme le geste du temps mort dans le sport, pour se donner – en cas d’émotion montante – du silence, voire de la distance, le temps que l’émotionnel se canalise et puisse à son tour trouver les mots pour être dit.
Le bonus pour éviter les conflits
Très souvent, je propose aux couples ou aux enfants et leurs parents de se donner des « rendez-vous ». C’est un code à créer en dehors d’un temps émotionnel, afin de prévenir que le sujet est délicat. En utilisant ce code, c’est une manière de demander de bien vouloir être très attentif à la gestion des émotions, et de demander, plus que tout, une écoute bienveillante, non jugeante, une attention active.
Astuces pour aborder un sujet vraiment délicat
- Les principes de la communication non-violente sont d’un grand secours dans ce genre de situation :
- Aborder en premier lieu les faits,
- Puis l’effet, les émotions, les ressentis
- Exprimer ses besoins
- Formuler une demande réaliste, accessible, claire
- Le bâton de parole : pourquoi ne pas se passer un bâton de parole ? utilisé dans la gestion des groupes, en management, notamment, c’est un truc qui permet de visualiser qui a la parole. Tu tiens le bâton de parole jusqu’à ce que tu aies fini de parler. Ensuite, c’est notre tour. Dans ce cas, la règle est clair : interdiction de couper la parole !
- Pour ne rien perdre et éviter la frustration : Si c’est trop dur, prendre un carnet pour noter tout ce qui nous traverse, touche durant le temps de parole de l’autre. Il sera tempe ensuite de reprendre les points soulevés.
- Temps de parole équitable : Il est aussi important que chacun puisse s’exprimer et avoir la sensation d’avoir tout dit. Si une frustration demeure, elle risque de refaire surface au moment où l’on s’y attend le moins, et c’est reparti pour un tour !
Et si la dispute éclate ?
Pas de panique ! Parfois le conflit est un moyen d’évacuer la pression avant de tout remettre à plat.
Voici quelques pistes :
- Proposer un cessez-le-feu : le premier qui a la possibilité de faire un pas de côté, de sortir de ses émotions, du conflit et de désarmer a gagné ! Faire une pause, baisser les armes, quitte le champ de bataille casse la dynamique de la dispute. Attention : il ne s’agit pas de laisser faire, mais simplement de permettre à la bataille émotionnelle de cesser.
- Laissez passer les émotions : une fois les esprits et les cœurs apaisés, il est important de concrétiser le cessez-le-feu par une discussion, une explication authentique et sincère. Les faits, l’effet et les conséquences et la demande claire : c’est la même trame que l’on peut suivre pour s’exprimer.
- Reprendre le chemin de la discussion constructive. Retour à la case départ sans passer par la « caisse communauté : en revenant aux intentions premières par exemple, en se souvenant du commun, si la relation est plus importante que le problème, vous trouverez ensemble l’issue. C’est en général une fois que les émotions sont apaisées que l’on peut retrouver le chemin de l’échange constructif.
- Finir le travail : il n’est jamais trop tard pour revenir sur la violence d’une dispute, peut-être s’excuser quand certaines limites ont été dépassées. Seule exception : si l’un des deux coupe la relation. Mais là, c’est une autre histoire.
Pourquoi l’approche Relation(s) est d’une aide précieuse pour aborder les sujets délicats sans que ça dégénère en dispute ?
L’approche Relation(s) rend les choses très concrètes. Par exemple, on va avoir recours à des objets pour symboliser ce qui est ressenti par les deux partenaires : un punching-ball pour la colère, un bouclier pour la peur, etc. Les objets rendent expressifs et visibles nos émotions, nos blessures. Chacun étant porteur de ses ressentis, il est facile d’identifier comment les émotions se répercutent chez l’un ou chez l’autre. En rendant les choses visibles, on peut mieux comprendre l’enchevêtrement émotionnel, le dénouer.
* Les tapis, dans l’approche Relation(s) permettent de se situer l’un par rapport à l’autre, de comprendre le positionnement de chacun.
Par ailleurs l’approche Relation(s) propose des questions clés pour rythmer le dialogue, et les principes de base donnent des repères. Plutôt que de naviguer dans un océan de conversation en pleine tempête, cela permet de ne plus se perdre dans les remous de la discussion.
Bref, l’approche Relation(s) permet d’éviter les pièges relationnels et offre une méthode concrète pour mieux communiquer, faire que chacun ait une place juste, se sente respecté pour vivre des relations en confiance, authentiques et plus sereines.
Les relations sont le sel de la vie, ce qui à la fois lui donne plus de piquant, de goût et sans lesquelles, elle parait si insipide. Elles sont précieuses. Ne laissez pas un sujet délicat dégrader vos relations privilégiées.
De tout coeur,
Florence

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